Saturday, January 26, 2013

Appendice partie 3: suite et fin

Vous connaissez le vieil adage: quand on se regarde on se désole, quand on se compare, on se console. Mon voisin est certainement un exemple frappant de ce qu'il convient d'appeler un miracle de la médecine moderne. Pas si moderne que ca, si on considère qu'il y a déjà de ça 28 ans, un malheureux mais horrible accident de ferme lui arrachait pratiquement tout le bras droit, alors qu'une partie de vêtement avait été aspirée dans les engrenages d'un tracteur. Bien que je n'ai pas eu droit à tout les détails entourant l'incident, ce qu'il m'est permis de comprendre est qu'il a à ce moment là passé plus de 15 jours dans un coma induis, puisqu'il n'aurait pu, selon les dires des médecins de l'époque, humainement supporter la douleur générée suite à l'incident et à l'opération qui s'ensuit  afin de lui rattacher le bras, les ligaments, etc. Suffit-il de dire que suite aux 15 jours dans le coma, c'est presque 4 mois de soins intensifs à l'hôpital Civic d'Ottawa qu'il reçu durant cette période critique. Wow. J'en suis bouche bée. Non seulement la cicatrice qu'il me montre sur ledit bras droit ne peut être autre chose qu'un tel incident tragique, mais en plus, lorsqu'il m'explique les raisons de son séjour à l'hôpital, je suis autant impressionné qu'amusé: il vient tout juste de recevoir une nouvelle épaule, tout en stainless, qui vient justement compléter son kit comprenant deux genoux et une épaule en stainless. Je décide intérieurement que je vais dorévavant affectueusement l'appeler Robocob, le vrai. Pour les fins de ce blogue, et afin de préserver sa vie privée, je référerai d'ailleurs à lui sur cette base.

Sachez également que tout ressemblance avec une personne de votre entourage dont le bras aurait été arraché vers les années 1984 et lors d'un accident de tracteur ne saurait être autre chose qu'une pure coincidence.

En écoutant son histoire, je ne peux m'empêcher de penser qu'il aurait certainement pu être publié dans le Sélection du Reader's Digest: "Mon tracteur, ce pas fin", ou encore "Ca lui coûte un bras en frais médicaux!!"

Sérieusement, Robocop s'avère avoir un excellent sens de l'humour, et la différence d'âge entre nous ne s'avère d'aucune importance (il a 69 ans) Il a un bon sens de l'auto-dérision, et il disait qu'il vaudrait plus après être incinéré, puisque le tout le stainless serait récupérable. C'est clair que son passage à l'aéroport se fait jamais sans alarmes quelconques.  C'est ainsi que nous avons discuté d'à peu près tout ce qui est possible de discuter, en prenant les pauses repas, durant la journée et demi que j'ai été hospitalisé. Ceux qui me connaissent savent que j'ai la parole facile, et je peux vous dire que lui ne l'avait pas dans sa poche non plus. C'est donc avec plaisir que nous nous avons parlé de nos vies respectives, de nos expériences de toutes sortes. Vous allez rire mais je l'ai convaincu de s'installer du plancher radiant, comme mon frère et moi en avions installé chez mes parents tout juste avant que mon père ne décède.

Ca cogne à notre porte, et il est à peine 8h15 , à peine quelques 9 heures après mon opération, et c'est Judith, Antoine et Émilie qui apparaissent derrière la porte. Je suis bien content de les voir, et on peut voir sur leur visage que c'est réciproque. Antoine semble impressioné de me voir dans un lit d'hôpital, avec tout les fils et tubes qui sont attachés à moi. Ils ne restent que quelques minutes, mais promettent de revenir le soir.Le médecin qui passe me voir alors que Judith s'apprête à quitter m'autorise pratiquement à reculons le café que Judith m'a apporté en cachette. Je me dépêche de le partager avec Robocop, qui l'avale d'un trait.

Judith reviendra d'ailleurs en après-midi avec mon beau-père. Pour ma part, les choses se tassent tranquillement, je n'ai pas de grosse douleurs, et les discussions avec mon voisin de chambre vont bon train. Il possède plusieurs hectares de terrain sur le bord de l'eau, et je discute évidemment avec lui de la possiblité de se lancer en affaire et de construire notre propre camping! Lui aussi possède un campeur, et ses petits enfants aiment bien en faire également.

La journée se passe donc sans incident notable,  Les infirmières viennent à répétition, pour toute sortes de raisons. J'ai droit au traitement royal puisqu'une stagiaire s'occupe de moi, en plus de l'infirmière responsable de moi, en sus de l'enseignante de la stagiaire, et du surveillant. Je crois donc que durant mon court séjours de moins de 36 heures à l'hôpital, j'ai eu environ une douzaine d'infirmiers/infirmières différents. Bonjour la stabilité. Remarquez que ca ne me dérange pas le moins du monde.

La douleur, la vraie.

Si j'ai mentionné que je n'ai pas eu de grosses douleurs, il en est autrement de Robocop, qui commence à s'agiter en début d'après-midi. L'anesthésie locale qui était en fait une anesthésie directe dans le nerf de son épaule, était supposé le garder sans douleur pendant 48 heures. Mais voilà, l'aiguille s'étant défaite le matin même, il commence à ressentir de plus en plus de douleur, et les médicaments que les infirmières lui donnent ne semble en rien l'atténuer. Vers les 6h du soir, il n'en peut plus et son langage commence à changer. Je me sens pas très utile, mais je commence à lancer l'hypothèse que la douleur peut peut-être être contrôlée si on apprends à le faire, en s'exercant. Plus facile à dire qu'à faire, mais qu'à cela ne tienne, je saute sur mon Playbook et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, nous sommes en train de visionner un vidéo sur le sujet sur Youtube. La thérie est simple: on concentre sur la douleur, on l'amène doucement à changer de place, jusqu'à ce qu'elle soit dans le creux de sa main. À ce moment, on peut s'en départir en la lancant au loin. Robocop, beau joueur, se concentre, et décide d'essayer, n'ayant rien à perdre. Quelques minutes passent et le voilà debout marchant vers la poubelle, ou il y jette une première batch de douleur. "Ca va prendre une couple de voyage" lui dis-je alors. On ris bien et surtout il dit qu'il faut faire attention de pas garrocher la douleur a quelqu'un d'autre. Un autre moment donné, il l'a lance vers le plafond. On se bidonne en disant que le prochain gars qui va peinturer le plafond va probablement être soudainement pris d'une crampe au bras, phénomène inexplicable. Je lui dis d'ailleurs d'arrêter de se fatiguer, et de simplement garrocher la douleur par terre. "Ils ramasseront plus tard!" que je lui dis simplement. On en ris encore un coup, pis on parle de plus belle de la douleur. Je mentionne que peut-être la méditation pourrait-elle aider elle aussi. On discute donc de la théorie derrière l'idée de "purifier" sa pensée. Je lui donne donc un exercice ou il doit simplement focuser à compter à rebours, à partir de 100, chacune de ses respirations, en revenant au dernier chiffre qu'on se rappelle lorsque l'esprit vagabonde.

Ca l'occupe un bon bout, et il dit que ca aide pendant qu'il le fait, mais que la douleur revient après. Je commence à manquer de trucs. Je trouve alors une séance d'auto hypnose en ligne, et nous voilà en train d'écouter quelqu'un nous dire que nos paupières sont lourdes, et qu'on se sent de plus en plus calmes. Ca nous fait du bien, et tout de suite après le souper, je tente le tout pour le tout et lui met un genre de bruit de fond, relaxant, sur mon Playbook, qu'on utilise pour les enfants afin de couvrir les bruits de fonds lorsqu'en visite. Il confirme que ca aide, et qu'il s'imagine sur la plage, en entendant le son des vagues. J'en rajoute: "Bien oui, et avec la petite brise, on sens pas trop la chaleur, c'est vraiment super!" Quand je lui mentionne que son petit fils est là à jouer dans le sable, c'est le comble du bonheur pour lui.

Les infirmières qui viendront durant notre étrange manège seront d'abord surprises de nous trouver lumière tamisée avec trame de fond relaxante. "Zen" que je leur répond. Elles nous trouvent drôles et quelques unes nous diront d'ailleurs que ca devrait être comme cela dans chaque chambre. Mon frère passe faire un visite que nous apprécions. Mon voisin me dira d'ailleurs qu'il préfère ca comme cela, puisque ca lui change les idées.

C'est bien beau tout ca, mais éventuellement, la douleur fait son oeuvre et Robocop n'en peut plus. Je commence d'ailleurs moi même à être inquiet pour lui, ca devient insupportable selon ses dires. Je ferai quelques visites au bureau des infirmières pour en savoir plus long sur ce qu'ils comptent faire, et confirmer qu'il est à bout. Elles sont débordées, et confirment que c'est toujours comme ca.

 Éventuellement, les anti-douleurs font un peu effet, mais mon voisin me dira le lendemain matin qu'il n'a pas fermé l'oeil de la nuit. Pauvre lui!


Judith et les enfants reviennent me visiter vers les 17h, et je recois un beau dessin d'Antoine, et une belle carte d'Émilie.  Antoine m'a dessiné dans mon lit d'hôpital, alors qu'Émilie a dessiné toute la famille. Je suis très touché. Ils ne restent pas longtemps, d'autant plus que le cardiologue se présente durant le temps qu'ils sont là. Il n'est d'ailleurs pas trop inquiet de la séquence d'arythmie que j'ai eu, mais me fera faire quelques tests quand même.

Dans mon cas, je dors relativement bien, n'étant réveillé que par les vérifications d'usage aux quatres heures. Mon voisin est quand même de bonne humeur, malgré tout, et quand il essaie d'ouvrir les rideaux mais n'y parvient pas, il s'écrit: " Ah pis qu'ils mangent de la marde!" Je ris et lui dis que je me suis vu à son age. C'est mon genre de dire c'te genre de chose là!

Je suis recois mon déjeuner: jello et jus d'orange. Drôle, justement que je viens juste de changer mon statut sur facebook pour dire que le jello d'hôpital était déliceux. Je pensais cependant pas en avoir au déjeuner.

C'est passé les 11 heures que le médecin passe de nouveau, pour me signer mon congé cette fois-ci. Je suis bien content, et j'ai hâte de retourner à la maison pour voir Judith et les enfants. Lorsque les infirmières me donnent les derniers papiers, je serre la main à Robocop, et lui souhaite bonne chance. On se dit bien évidemment un aurevoir puisque nous avons prévu de demeurer en contact. C'est drôle comment une journée et demi avec un parfait inconnu peut quand même laisser une base d'amitié solide... Vraiment curieux... surtout que j'avais demandé une chambre seule.

C'est mon beau-père qui se charge de venir me chercher à l'hôpital, et j'esquisse un sourire lorsqu'il me soulage de mon sac de voyage, lui qui a été malade par dessus tout, triple miraculé de la médecine moderne!


De retour à la maison, les enfants et Judith arrivent quelques heures plus tard, et ils sont excités de me voir. Moi aussi. Ils ont d'ailleurs préparé une chasse au trésor, que nous nous empressons de faire, tranquillement, bien sûr. Le trésor? Deux beaux dessins que voici, des mots gentils, d'amour, et deux cinq dollars, pour que je puisse, me disent-ils, acheter les médicaments qui me seront nécessaires pour guérir. J'ai la larme à l'oeil et je les serre dans mes bras.

En rétrospective, toute l'expérience est tellement soudaine que ca demeure surréel, même si je suis bien content d'être encore en vie, je me demande si j'avais pas pu la sauver, cet appendice, en mangeant plus de gingembre, comme disait l'infirmier.

J'ai partagé cette histoire, parce qu'elle est intense et rapide, mais surtout pour que moi-même, je n'en oublie rien. Aussi pour remercier ceux qui nous ont aidé, supporté, et envoyé des ondes positives. Merci encore.

Même les étudiants des classe de Judith et notre voisine Marie-Claude m'avaient signé une belle carte. J'irais pas jusqu'à dire que ca donne le goût d'être malade, mais presque!!


Jusqu'à ma prochaine aventure, demeurez, chers lecteurs, chers  amis, concentrés sur les choses importantes de la vie, ca passe trop vite, et on ne sait jamais ce que demain nous réserve.


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