Friday, January 25, 2013

Appendice, partie II

J'entre donc dans la salle d'attente du bloc opératoire, et c'est infirmière fort gentille qui m'accueille et commence à discuter avec moi. Il manque certains papiers avec ma signature et il semble que certains papiers appartiennent à un autre patient. Je me dis en moi-même que c'est à peu près la pire chose  qu'on veut voir arriver, qu'ils nous opèrent avec les informations d'un autre patient: " oui, oui, c'est l'amputation des quatres membres pour ce patient..." L'anesthésiste d'office arrive à son tour et en parlant des risques inhérents à l'anesthésie générale, qui sera ma première, il me dit que compte tenu de mon âge, que c'est plutôt minime. Je lui demande à la blague de me réveiller pour m'aviser si jamais quelque chose se passait mal. Lui et l'infirmière rient. Alors qu'ils m'approchent de la salle d'opération, l'infirmière, qui pousse ma civière lance: est-ce qu'on a le bon patient?, ce à quoi je réponds du tact au tact, "eille, arrêtez de naiser, enlever moi rien de plus que l'appendice!!" Je les taquine en m'excusant de les avoir sortis de leurs salons, sachant que plusieurs d'entres eux étaient sur appel. Ils en rajoutent en me disant qu'effectivement, ils étaient en train de siroter un bon chocolat chaud sur le bord du feu, en finissant d'écouter Trauma et Dr House.

Les lumières de la salles d'opérations sont excessivement brillantes, ce qui m'apparaît comme une bonne chose à ce moment précis. Au moins six ou sept personnes s'affairent à différentes choses autour de moi, alors que le médecin n'est toujours pas entré. Je ne le verrai d'ailleurs que le lendemain matin. Il est probablement légèrement dépassé dix heures pm, et on m'informe que je serai placé sur un respirateur mécanique durant l'intervention puisqu'une certain pression sur mes poumons risque de rendre la respiration naturelle, moins, disons, eh bien disons, moins naturelle, voilà. Je pense de leur lancer une blague en leur demandant d'updater mon status sur Facebook si jamais il arrivait quelque chose, mais je me ravise.

Une infirmière m'avise que je commence probablement à me sentir de plus en plus relax, ce qui est vrai. Je sens une légère inquiétude, mais sans plus. Au moment où le masque est déposé sur mon visage, j'ai, l'instant de quelques secondes, l'impression d'avoir de la difficulté à respirer, ce dont j'avise l'infirmière. Elle s'approche rapidement du masque pour mieux comprendre, mais elle n'entendra jamais le reste puisque je sombre dans une sommeil profond. Le dernier sentiment qui m'envahi est une légère hésitation à me laisser aller, probablement dû à une crainte profonde de ne pas me réveiller...

Le reste m'est absolument inconnu, puisque je me réveille dans la salle de réveil vers les onze heures pm, l'opération apparemment déjà complétée. Je me félicite d'être encore en vie, et suis fort content de me réveiller. Je leur demande si tout s'est bien passé, et on m'avise que oui. Je leur demande s'il peuvent en informer Judith tout de suite, et on m'avise qu'elle sera informée dès ma sortie de la salle de réveil, ce qui ne sera finalement que quelques 90 minutes plus tard. Elle semble très soulagée de me voir, et je peux dire que c'est réciproque. Elle aura passé plus de trois heures à m'attendre dans une petite pièce, ce qu'elle avouera être par la suite un très long trois heures.

Ma chambre

J'avais demandé une chambre privée, mais c'est évidemment toujours sous réserve qu'il y en ait une de disponible, et c'est dans une chambre déjà occupée qu'on m'installe vers une heure du matin. Judith peut finalement aller se reposer, puisqu'elle est restée à mes côtés durant toute la journée, ce que j'ai d'ailleurs très apprécié. Je porte déjà des appareils qui stimulent la circulation sanguine dans les jambes, depuis ma sortie de la salle d'opération, et c'est donc avec un gonflement régulier alternant entre les deux que je tente tant bien que mal de m'endormir. Je suis de plus connecté sous intraveineuse à un sérum et un anti-biotique, en plus d'avoir l'attache servant à mesurer la pression attachée au bras droit, mesure qui sera faite à intervalle régulier durant la nuit. Pas facile de dormir avec un tel bataclan, mais je pense y parvenir quelques peu.

Le même infirmier avec qui j'avais causé de gingembre s'avère être mon infirmier pour une partie de la nuit, et c'est d'ailleurs lui qui me réveille vers les 4 heures du matin pour vérifier mes signes vitaux. Il m'avise qu'il doit vérifier ma température... rectale... Quoi?? Comment ca rectale? Té pas sérieux?!! Il me répond par l'affirmative, mais il rajoute qu'il semble manque de bout de plastique, ce à quoi je répond "Quel dommage". Il revient quelques minutes plus tard en disant en avoir trouvé. "J'aurais du les cacher plus loin" lui dis-je alors, ce à quoi il rit. Il me demande mon niveau de douleur, sur une échelle de 0 à dix, et c'est un trois que je crois ressentir à ce moment. Alors que je me résigne, et suis positionné pour procéder, il insère, et me dit qu'il vient de perdre le bout de plastique... Quoi? "Une blague" qu'il me réponds. Mon niveau de douleur vient de soudainement passer à 5 que je lui réponds en riant. Sacré blagueur que je me dis en moi-même.

Je somnole encore un peu, pour m'apercevoir que mon coeur semble être quelque peu irrégulier. Vérification faite, il me semble que mon coeur bat pendant 5 ou 6 battement à environ un rythme de 70 battements par minutes, pour passer ensuite à 120 battements/minutes pendant 12 battements, et ainsi de suite. J'en avise une infirmier qui me dit que l'infirmière passera voir, ce qu'elle fait une heure plus tard, en disant que tout est beau. C'était une bonne chose que c'était pas grave, j'aurais eu le temps de mourir dix fois!

Même si je n'ai maintenant pas mangé depuis près de 30 heures à ce moment, les liquides que j'ai du boire avant le scan ont fait effet et je commence à avoir envie d'uriner. Je demande à l'infirmier qui passe si je peux me lever ( il est toujours environ 4h du matin) et il me réponds que non, qu'ils ne veulent pas à cause de tout ce qui est connecté, et que je dois faire dans le petit récipient prévu à cette effet. Bon, c'est pas très le fun, mais je me résous à essayer: rien à faire, ca sort pas. Je me rappelle alors soudainement que sorti de l'opération, on m'a mentionné qu'on m'avait, je crois, pincé le tube menant à la vessie afin d'éviter une infection quelconque, et je me prends soudainement à avoir peur qu'ils aient oublié la pince. Je réessaie encore, rien n'y fait. Je décide d'attendre encore un peu avant d'essayer à nouveau, sans succès. Je capote pas mal, j'ai peur de forcer, je commence à me demande si suite à l'opération, je devrai réapprendre à faire pipi, comme certaines gens doivent réapprendre plein de gestes simples. Une demi-heure plus tard, c'est les yeux jaunes que je me décide à réessayer en m'asseoyant sur le bord du lit: rien. Finalement je me lève debout et voilà: le barrage se brise et les flots s'amènent: 700 millilitres plus tard (les récipients sont de grosses tasses à mesurer) je suis soulagé. Je ne crois pas jamais avoir fais pipi aussi longtemps de toute ma vie. Ca a duré un gros cinq minutes. Bon j'exagère, mais quand même. Je peux donc me recoucher et essayer de me reposer, mais mon voisin de chambre, que je n'ai pas rencontrer encore, se met à s'éclaircir la gorge, ce qui me rappelle les crachats que mon père faisait à l'époque où il fumait toujours, quand il se levait le matin. Je me dis alors que le monsieur sonne mal amanché. L'envie me prend d'enregistrer le son pour pouvoir le partager par la suite, mais je me ravise: je ne peux pas bouger.

Le soleil se lève finalement, et le déjeuner est servi. Pour tout le monde sauf moi: on ne m'autorise rien à manger, moi qui a une faim de loup. Je demande à mon voisin si son déjeuner est bon, et c'est comme cela que notre première conversation débute. Un bon 30 minutes plus tard, on se décide à retirer le rideau qui est toujours tiré entre nos lits respectifs, et c'est un monsieur à l'apparence beaucoup plus jeunes que les 69 ans qu'il m'indique avoir que je vois derrière le rideau.

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